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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 23:31

                                  maternit_picasso.gif

INTRO:
Pour parler de perturbation des interactions précoces.... définissons « interaction précoce ».
En France on distingue d'un côté les modalités interactives et les systèmes interactifs de l'autre
Modalités interactives: ce sont les différents canaux par lesquels l'interaction s'effectue (peau, regard, voix)
Les systèmes interactifs: ils sont représentés à l' intérieur de chaque partenaire (père-mère-nourrisson), représentés par:
- organisation fantasmatique
- organisation affective (affects)
- organisation cognitive
- organisation psychophysiologique

I. Les interactions
I.1> Le « Bonding »: le lien de la mère au nouveau né
Il existe chez la mère des les premiers heures de l'accouchement un état psychoaffectif particulier qui définit une période sensible au cours de laquelle la constitution du lien mère-nouveau né, va s'effectuer de manière optimale.
C'est ce que Winicott appelle la PMP (préoccupation maternelle primaire), à condition qu'elle en se transforme pas en sollicitude anxieuse , (mère qui va voir tous les ¼ d'heure si son bébé respire).
Ceci suppose la capacité d'identification de la mère à son nourrisson. Fournir au nourrisson l'environnement de qualité suffisante pour le développement du self du nouveau né et notamment pour la formation du vital sentiment d'exister (le « being »).

I.2>Les différents canaux de l'interaction lors de l'allaitement
- Regard mutuel
- Dialogue tonique, le « holding » (manière dont la mère porte le bébé physiquement et psychiquement),la parole et la vocalisation, le toucher, les expériences gustatives et olfactives du nourrisson.

Dialogue tonique: les caresses de la mère, échanges de regard et sourires, le nourrisson participe activement a cet échange postural (tête de manière régulièrement ou non), ce dialogue évolue selon le bébé et la mère. Il y a des unités en pédiatrie qui accompagnent des mères et nourrisson à trouver un dialogue tonique homogène et harmonieux.
La rencontre des regards va être très importante et chargé d'affects pour la mère. Déni perceptifs de la mère quand le bébé ne la regarde pas (enfants autistes).


- Cris des nourrissons: restaurer la proximité spatiale mère-bébé.On distingue des cris de faim, de détresse, de plaisir...
La mère semble savoir déceler les cris de son nourrisson.

I.3>Le langage: « baby talk » ou prosodie exagérée
Certaines mères en sont dépourvues parfois pourtant c'est universel (cela aide le nourrisson a segmenter l'onde sonore), il va y avoir un « vocabulaire bébé ».
Ce langage est important car il va permettre les acquisitions linguistiques..

La mère met du sens sur les expressions / les affects/ les comportements de son bébé (fonction alpha).
Cette fonction alpha est une fonction de métabolisation des éléments irreprésentables et va transformer les éléments beta (proto-pensées, proto-représentations) en éléments alpha : la mère prête son appareil à penser au bébé.
La capacité de rêverie maternelle dans cette fonction est importante, cette capacité dont elle le porte psychiquement (holding).


I.4>Les cycles d'interactions
L'interaction mère-bébé comporte des cycles d'interaction (phases de disponibilités et de repli du bébé qui sont à respecter ne pas être hyperstimulant avec le bébé).
Les partenaires peuvent être synchrone ou en dysrythmie (discordances des phases).
Le nourrisson dispose d'un répertoire d'actes (sourires, regards, vocalisations, mouvements) qui lui permettent de rentrer en relation.

I.5>SPITZ  et les 3 organisateurs
- le sourire 3 mois
- la peur de l'étranger 8 mois
- le non

Dans ces phases on trouve l'attention mutuelle et elle est très importante car elle va permettre l'attention conjointe (penser à 2, à 3).

II. Les perturbations
II.1>Causes
Puériculture (soin apporté au nourrisson) inappropriée par ignorance, un mère qui va être « timide » de stimuler son nourrisson, ou qui ne lui parle pas (hypostimulation).
Investissement affectif conflictuel ou ambivalent : l'enfant non désiré, l'enfant de la discorde, enfant avec anomalie...
Trouble de la personnalité chez la mère qui se répercutera sur le nourrisson (mère dépressive, mères psychotiques voire perverses, ou avec pathologies addictives du type alcoolisme).
Une perturbation de la réciprocité et du déroulement temporel qui va se traduire par une inadéquation des réponses de la mère par rapport aux demandes du nourrisson (ex: réponse systématique de nourrir le bébé quand il pleure).
Excès de stimulation: on va observer cela quand la mère ne tient pas compte des signaux du nourrisson qui exprime qu'il est débordé par les stimulations (fermeture des yeux, détournement de la tête, émotions de tension sur le visage).
La mère surestime l'endurance et la résistance de son bébé à la fatigue.
On peut retrouver par exemple des insomnies chez les nourrissons. On perçoit le comportement de la mère comme des intrusions dans l'espace psychique de la mère répétées (on parle de « mère intrusive »). Ce sont ces mères qui anticipent toute demande chez l'enfant et ce faisant, elle ne lui laisse pas la possibilité de rentrer en communication par ses propres demandes (empêche la naissance de tout désir).C'est la sollicitude anxieuse de la mère (le versant pathologique de la PMP).
Exemple typique: la mère qui va voir toutes les dix minutes si son bébé s'est pas étouffé. Une telle situation risque d'aboutir à une inhibition des manifestations de son vécu affectif. Ces manifestations là ne servent plus de communication (déni, non reconnaissance des besoins physiologiques).
Hypostimulation: On peut l'observer en cas de dépression maternelle où à ce moment l'inhibition de l'intérêt pour son bébé couplé avec son sentiment de propre incapacité vont l'amener  réduire ses échanges avec son bébé. Dans cette situation d' hypostimulation le bébé peut avoir des réponses d'inhibition et la mère pourrait avoir confirmation qu'elle est une « mauvaise mère » et va éviter le contact avec son enfant.  Réflexe de détournement du regard qui est interprété comme du rejet par la mère.
L'hypostimulation peut aussi s'observer en cas d'inhibition névrotique ou caractère schizoïde de la mère. Dans le cas où l'hypostimulation est trop importante on va avoir un syndrome majeur de carence affective où la négligence du nourrisson est grave.
Voici quelques paradigmes permettant de mettre en évidence les conséquences d'une mère présente physiquement mais absente psychiquement:

- Expérience du « visage impassible »: réaction du bébé (1à 4 mois) placé face à sa mère à qui on demande de maintenir un visage impassible sans répondre aux sollicitations affectives du bébé. Très rapidement,le comportement du bébé va se modifier (air sérieux, s'agite, regarde au loin, détourne le regard). Les traits de visages se modifient etc. Puis peu à peu il se retire de l'interaction. Il se met à sucer ses doigts, balance la tête dans un mouvement de repli.
=>Paradigme mère déprimée/bébé : le visage maternel constitue un étayage affectif indispensable.
Le visage de la mère est le premier miroir de son propre visage. (le rôle du miroir de la mère dans le développement de l'enfant: Winnicott)

-  Interaction différée: Effets de la désynchronisation de l'interaction mère/bébés:
Dans le système vidéo le bébé et la mère communiquent en simultané au début (Accordage affectif de Stern: dans une situation d'interaction mère et bébé s'accordent). Mais dans un second temps le bébé reçoit une séquence de la mère pré-enregistrée (mère « robot » ou « automatique »).
On observe une modification de la gestuelle du bébé, il semble inquiet, présente une réaction de retrait. Cette interaction différée montre que le bébé est sensible à la forme et l'animation du visage mais aussi à la qualité dynamique de sa mimique et notamment son aspect accordé (c'est à dire interagir dans l'instant présent).

Ce paradigme va montrer que le bébé est sensible à une mère « présente mais ailleurs » ou « pas disponible même en présence » (mère déprimée).

=> Importance de la disponibilité de la mère et de l'accordage affectif.


Les fixations et régressions des schémas interactifs: L'interaction mère-nourrisson est un processus évolutif qui subit une maturation. Donc l'interaction doit être rapportée à l'âge de l'enfant. Même si le modèle interactif semble harmonieux, il peut cependant se révéler que mère et enfant sont restés fixés (fixation) ou sont revenus (régression) à des modalités relatives à un stade de développement plus précoce.
On peut observer que ce processus est en fait ralenti et qu'une relation symbiotique continue à prévaloir alors que le bébé est à la fin de la première année.
A l'opposé on peut observer des cas ou la mère va exiger une autonomisation très précoce de l'enfant alors qu'il n'est pas prêt pour cela et que ses besoins de dépendances restent très marqués (contrôle sphinctérien).

Les carences vont induire des troubles selon leurs intensité. Elles ont dépendre de la qualité de la relation avant et après.
On parle de carences larvées dans le cas où malgré la présence effective de la mère les besoins du bébé ne sont pas comblés. Ce serait le cas d'un holding purement physique (sans maintien psychique).
On parlera de névrose d'abandon.
Les réactions d'enfant à la séparation sont un bon indicateur au type d'attachement que l'enfant a développé avec sa mère et/ou ses parents et sont révélateurs des troubles des interactions précoces. Le paradigme d'Ainswoth permet de l'illustrer:

Situation étrange d'Ainnsworth : modèle du type d'attachement
Protocole: regarder les réactions de l'enfant à la séparation de la mère.

- Attachement non sécurisé: L'enfant n'arrive pas à se calmer même quand la figure maternelle revient
- Attachement sécurisé: le contact est recherché quand la figure maternelle revient et sans ambivalence
- Attachement ambivalent: Le contact est recherché et fuit en même temps, c'est l'attachement ambivalent
- Attachement confus et désorganisé dans lequel domine des postures d'appréhension, de dépression, de confusion chez l'enfant.

On va retrouver un lien entre les traits de personnalité de la mère et le type d'attachement avec son enfant.
 
                             


III.Séparation et dépression chez l'enfant
III.1>Séparation
Toute séparation est traumatisante pour l'enfant. L'âge le plus sensible se situe entre 5 mois et 3 ans. On décrit trois phases lors d'une séparation:
Protestation: l'enfant pleure, s'agite, et appelle ses parents ou sa mère. On note une recrudescence de ça au moment du coucher. L'enfant est inconsolable. Au bout de trois jours les manifestations bruyantes s'atténuent...
Une phase de désespoir: survient où l'enfant refuse de manger, d'être habillé et reste renfermé et inactif et ne demande plus rien à son entourage
Détachement:  l'enfant ne refuse plus la nourriture et les soins mais présente une passivité extreme. Si jamais l'enfant revoit sa mère il peut ne pas la reconnaître ou le plus souvent crie ou pleure.

Quand la mère revient il repasse par 3 phases: un attachement anxieux, de l'agressivité puis retour à la normale.

III.2>Dépression
Si l'absence se prolonge on voit apparaître une dépression anaclitique (mode de réaction infantile dépressive à la séparation).
L'enfant s'appuie sur sa mère pour se développer et il lui manque cet appui vital dans la dépression anaclitique.


« Au bout du 3eme mois, les enfants refusent le contact, restent la plupart du temps couchés à plat ventre dans leur berceau et l'insomnie se déclare, la perte de poids continue, et on observe une tendance à contracter des maladies intercurrentes. Puis généralisation du retard moteur.
Au delà de 3 mois la rigidité faciale s'établit fermement, les pleurs cessent, ils sont remplacés par des gémissements. Retard moteur s'aggrave suite à la léthargie, le QD baisse.
Dans la dépression anaclitique la guérison est rapide quand l'objet d'amour est rendu à l'enfant dans  les 3 à 5 mois. Si la carence affective se prolonge, les enfants présenteront les symptômes d'une grave détérioration qui ira en empirant et seront irréversible" : l'hospitalisme de SPITZ, la forme la plus grave de la dépression anaclitique."


Illustration chez le singe (on n'obtient pas la vidéo de Spitz comme ça, ou alors il faut payer des droits d'auteurs):


"Les enfants ont le visage vide, restent allongés sans se retourner et le QD régresse jusqu'à la débilité grave. Et le taux de mortalité devient anormalement élevé. On appelle aussi l'hospitalisme, le « marasme » une sidération organique et psychique pouvant amener jusqu'à la mort dans certains cas.
C'est le langage et la sphère adaptative qui sont touchés en premier. Puis on a une perte des acquisitions motrices (notamment la locomotion). Puis apparition de patterns primitifs (stéréotypies, balancements...).
Qui dans une phase ultime atteinte des fonctions végétatives et affaiblissement immunitaire.
A niveau des acquisitions psychologiques, retard carentiel affectif qui touche les capacités de conceptualisation ou d'abstraction.
On observe un déficit du moi dans sa fonction médiatrice entre le sujet et son entourage."


Les séparations répétées ont les mêmes effets que les séparations prolongées. Les conséquences seront variable en fonction du traumatisme, mort et somatisation dans les cas extremes. Evolution déficitaire dans les cas les moins dramatiques. Il reste un sentiment d'insécurité interne avec des angoisses abandonniques très fortes. A l'âge adulte : personnalités dépressives, limites, addictives ou psychopathiques.










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